Contrairement au prince Miteb libéré contre un chèque de plus d’un milliard de dollars, le sort du célèbre milliardaire Al-Walid ben Talal pourrait se jouer au tribunal.

Autre cible de Mohammed ben Salmane : le géant pétrolier Aramco dont plusieurs dirigeants sont interrogés, selon nos informations, dans l'est du pays.

Les milliards commencent à tomber dans les caisses de l'État saoudien. En plus de l'ex patron de la garde nationale, le prince Miteb, libéré la semaine dernière contre un chèque de plus d'un milliard de dollars, au moins trois autres princes impliqués dans des affaires de corruption ont conclu des transactions avec Riyad et quitté l'opulent hôtel Ritz-Carlton où ils étaient détenus. Depuis la nuit du 4 au 5 novembre et la grande opération anticorruption orchestrée par l'homme fort du royaume, le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS), plus de deux cents princes ou hommes d'affaires ont été embastillés.

"Al-Walid veut aller au tribunal"

Après la libération du prince Miteb, tous les yeux se tournent désormais vers le fantasque milliardaire Al-Walid ben Talal, actionnaire de Twitter et propriétaire de l'hôtel George V à Paris. Va-t-il lui aussi bientôt quitter le palace cinq étoiles ? "Il n'est pas prêt à faire de compromis pour l'instant et veut aller au tribunal, répond une source diplomatique. Al-Walid est un dur, ce sera probablement le dernier prince à sortir". Et contrairement à Miteb, ce dernier est avant tout poursuivi pour blanchiment d'argent. "Les dossiers constitués depuis plusieurs mois par MBS sont accablants, spécialement pour Al-Walid qui est accusé d'avoir blanchi plusieurs dizaines de milliards de dollars provenant de trafics de drogues" précise un professionnel du secteur militaire.

MBS qui chapeaute également une structure destinée à gérer tous les biens immobiliers (maisons, terrains, avions, Yachts…) saisis depuis le lancement de cette purge, mène aussi sa guerre anticorruption à 400 kilomètres de Riyad. Selon nos informations, les autorités saoudiennes dirigent plusieurs interrogatoires dans l'est du pays au sein de l'hôtel Le Meridien à Al Khobar. La région est considérée comme le fief de Mohammed Ben Nayef, l'ancien prince héritier et ministre de l'intérieur, brutalement écarté en juin au profit de Mohammed ben Salmane. 

Au-delà du clan Nayef, ce coup de filet ciblerait principalement le géant pétrolier Aramco dont le siège à Dhahran n'est situé qu'à cinq kilomètres d'Al Khobar. "De nombreux princes ou hommes d'affaires comme le milliardaire éthiopien Mohammed al Hussein Al Amoudi ont fait grossir leur fortune en achetant des cargaisons de bruts à des prix inférieurs de 15 à 20% au marché. Ces détournements sont énormes et MBS veut une opération mains propres chez Aramco" poursuit ce même professionnel du secteur militaire.

Les coûteuses fermes éthiopiennes d'Al Amoudi

Mohammed al Hussein Al Amoudi se verrait à ce titre réclamer entre un et deux milliards de dollars par les autorités saoudiennes. Celles-ci lui reprochent aussi un projet qu'il a mené avec l'ancien ministre des Finances du royaume, Ibrahim Al Assaf. Mandatés pour mettre en place des fermes spécialisées dans la production de lait en Éthiopie, les deux hommes auraient perçus indûment trois milliards de dollars. A la tête d'une fortune de dix milliards de dollars, Mohammed al Hussein Al Amoudi qui est aussi l'homme de Boeing dans le royaume, ne devrait ainsi pas recouvrir la liberté sans un chèque conséquent. Il en va de même pour Bakr ben Laden, le PDG du géant du BTP Saudi Benladen Group. Ce dernier pourra toutefois faire valoir à MBS que les arriérés du gouvernement saoudien envers son groupe s'élèvent à près de 25 milliards de dollars.

Dans un entretien avec le New York Times, publié la semaine dernière, Mohammed ben Salmane, a chiffré à 100 milliards de dollars le montant des fonds illégalement acquis qui pourrait être récupéré au moyen de ces arrangements financiers. Selon lui, chaque année, environ 10 % des dépenses publiques sont détournées à des fins d'enrichissement personnel. "Mon père a compris qu'il n'était pas possible que nous restions dans le G20 et que nous continuions à nous développer avec ce niveau de corruption", a-t-il déclaré au quotidien américain. Selon l'homme fort du royaume, 95 % des personnes arrêtées ont accepté le règlement proposé par les autorités. "Les sommes collectées peuvent même dépasser les 100 milliards de dollars, prévient une source diplomatique. Tout le monde savait que MBS avait dans son viseur le clan de Sultan ben Abdelaziz (ministre de la Défense de 1962 à 2011, Ndlr) mais pas qu'il allait s'attaquer au clan du roi Abdallah (décédé en 2015, Ndlr) et à quasiment tous les milieux d'affaires. Les retombées vont être énormes". Et surtout sonnantes et trébuchantes.

 

Challenges

 

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