A fortes doses, des édulcorants de synthèse comme l'aspartame semblent augmenter l'incidence des cancers chez les rongeurs. Mais rien n'est prouvé chez l'homme.

Pour l'institut italien Ramazzini, centre privé de recherche sur les liens entre environnement et cancer, il n'y a aucun doute: les édulcorants, et en particulier le plus courant d'entre eux, l'aspartame, sont à éviter. Mais les experts de l'Agence européenne pour la sécurité de l'alimentation (EFSA) ne partagent pas cet avis. Ils ont en effet réévalué en 2013 l'innocuité de cet édulcorant, sous la demande insistante de diverses associations.

Conclusion: «L'aspartame et ses produits de dégradation sont sûrs pour la consommation humaine aux niveaux actuels d'exposition.» Fin du débat? Produit de synthèse composé de deux acides aminés, l'aspartame a mis au placard la saccharine, un autre édulcorant artificiel. Son fort pouvoir sucrant, deux cents fois supérieur à celui du sucre, est évidemment un atout: en l'utilisant en lieu et place du saccharose, on pourrait diminuer les quantités de calories ingérées, prévenir la prise de poids excessive et tous les risques qui lui sont liés. Mais en 1975, un an après avoir donné leur aval à sa commercialisation, les autorités sanitaires américaines (la Food and Drug Administration, ou FDA) sont revenues sur leur décision.

 L'aspartame divise toujours les experts de la santé

Quelques années et plusieurs études seront nécessaires avant que l'aspartame ne soit à nouveau proposé sur le marché, en 1981. Avec cette fois le feu vert de la FDA, mais aussi de l'Union européenne et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Des voix s'élèvent cependant contre son usage. L'aspartame n'est-il pas à l'origine de migraines, d'allergies et, plus grave encore, de cancers? À l'université de Washington, en 1996, le Dr John Olney et son équipe voient en effet dans l'aspartame le principal responsable du nombre croissant de tumeurs du cerveau. Mais sa méthodologie comme l'interprétation des données sont alors sévèrement critiquées par les autorités sanitaires, notamment en France. Les doutes, pourtant, perdurent.

Et les trois études menées à l'institut Ramazzini ne vont rien faire pour les lever. Dans la première, parue en 2006, le Dr Morando Soffritti et ses collaborateurs constatent qu'à très haute dose l'aspartame augmente chez le rat la fréquence des cancers du sang et du rein. La seconde étude, publiée l'année suivante, renforce ces résultats en montrant que des doses proches de celles admises chez l'homme ont également un effet. Enfin, en 2010, l'équipe de Soffritti fait le lien entre l'aspartame et un autre type de cancers (foie et poumons), cette fois chez la souris mâle. Reste que toutes ces études ont été balayées par l'EFSA d'un revers de main.

Polémiques et contestations méthodologiques

L'agence souligne d'abord que les effets constatés chez l'animal le sont avec de fortes doses et/ou toute la vie durant: vu notre niveau de consommation d'aspartame, il n'y aurait donc aucun risque. Mais elle reproche également aux auteurs leur méthodologie. D'habitude, pour démontrer l'effet cancérigène d'un produit, les animaux sont testés pendant deux ans, et non la vie durant, comme l'a fait l'équipe italienne: on évite ainsi de confondre les résultats avec des tumeurs apparaissant spontanément avec l'âge. Par ailleurs, l'EFSA souligne qu'il n'y a pas reproductibilité entre les études menées chez le rat et la souris, rendant difficile toute extrapolation à l'homme.

Le Réseau environnement et santé (RES) insiste de son côté sur le principe de précaution, et met en avant un paradoxe: si les études italiennes ne respectent pas les «bonnes pratiques», les trois études ayant servi à fixer la réglementation de l'aspartame ne le font pas davantage. Deux, datant de la première autorisation par la FDA, n'ont pas été publiées dans des revues scientifiques. Quant à la troisième, il y aurait conflit d'intérêts: elle émanerait d'un des grands fabricants de l'aspartame! La polémique n'est pas close.

 Les édulcorants présentent-ils des risques pour la santé?

Depuis le début, la mauvaise réputation de l'aspartame a sérieusement entamé celle de tous les édulcorants. Parmi les plus anciens, la saccharine, le cyclamate de sodium ou l'acésulfame de potassium ont été suspectés d'induire des cancers chez l'animal. Le sucralose, dernier-né des édulcorants vendus en France, serait aussi associé à des leucémies chez la souris, d'après le CSPI (Center for Science in the Public Interest). Selon cette ONG américaine, même le stévia, d'origine naturelle, serait à éviter, cette fois en raison du trop petit nombre d'études sur son éventuelle toxicité.

Pour prévenir surpoids et obésité, il n'y aurait finalement qu'une solution: se passer de sucres, sauf ceux présents dans les fruits et légumes. C'est le conseil de bien des chercheurs, mais aussi de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Anses), qui pointe du doigt les allégations santé des édulcorants, non étayés. Rien ne prouve qu'ils permettent de perdre du poids. Il n'est donc pas question d'encourager leur usage dans le cadre d'une politique de santé publique.

Lire l'article depuis sa source

Flash sante

  • 15:09 Briser le tabou des règles
    Les règles, le sang menstruel des femmes, est tout ce qu'il y a de plus naturel. Pourtant, dans la plupart des pays, c'est un motif de honte et de mise à l'écart. Depuis quelques années, de New York à Bombay, en passant par Madagascar, ce thème commence à être débattu publiquement. Et pour cause : il touche à des questions de santé publique, d'éducation, d'économie ou encore de discrimination. Pour en parler, Élise Thiébaut, auteure de "Ceci est mon sang" (éd. La Découverte), est notre invitée.
  • 13:03 Des milliers de malformations observées chez des enfants exposés à la Dépakine
    Entre 2 150 et 4 100 enfants ayant été exposés in utero à l'antiépileptique Dépakine et ses dérivés sur la période 1967-2016 seraient atteints d'au moins une malformation congénitale majeure, révèle l'Agence nationale de sécurité du médicament.
  • 13:33 Emma Morano, doyenne de l'humanité et dernière à avoir connu le XIXe siècle, est morte à 117 ans
    Dernière "survivante" connue du XIXe siècle, Emma Morano est morte samedi 15 avril à l'âge de 117 ans et 137 jours. La doyenne de l’humanité serait désormais une Jamaïcaine, Violet Brown, née le 10 mars 1900.
  • 14:17 France : l'hôpital public, un grand malade ?
    Médecins, infirmiers, aides-soignants, cadres ou encore directeurs... Ils avaient choisi l'hôpital public parce qu'il soigne tous les malades sans exception, du sans-abri au président de la République. Mais aujourd’hui, victimes d'une logique de rentabilité si éloignée des valeurs qui les motivaient, les personnels de santé sont fatigués. lls témoignent de leur mal-être mais aussi leurs espoirs dans Reporters.
  • 16:08 En terres d'Ebola, la vie après l'épidémie
    Quelque 11 000 morts, 28 000 personnes infectées - l'épidémie d'Ebola qui a frappé l'Afrique de l'Ouest il y a trois ans, a choqué et effrayé la planète entière. Partie de Guinée en décembre 2013, elle s'est rapidement étendue au Liberia et à la Sierra Leone, touchant dans une moindre mesure le Nigeria, le Mali et le Sénégal. Et pour la première fois depuis sa découverte en 1976, le virus a été détecté hors du continent africain, aux États-Unis et en Europe.
  • 10:13 Hépatite C : un accord avec le laboratoire Gilead permet une forte baisse de prix du traitement
    Marisol Touraine a annoncé vendredi qu’un accord conclu avec le laboratoire Gilead sur le traitement contre l’hépatite C allait permettre une forte baisse des prix. Les nouveaux tarifs devraient entrer en vigueur "dès le 1er avril 2017".
  • 18:38 France : les associations de malades de Lyme se mobilisent avant la présidentielle
    Les associations de malades de Lyme entendent multiplier les actions avant la présidentielle française afin que les mesures promises par la ministre de la Santé, Marisol Touraine, ne soient pas enterrées par le prochain gouvernement.
  • 17:34 Algérie : Abdelaziz Bouteflika fête ses 80 ans sur fond de spéculations sur son état de santé
    Les interrogations s'intensifient en Algérie sur l'état de santé du président Abdelaziz Bouteflika qui fête jeudi ses 80 ans, et dont les proches évoquent la possibilité de le voir briguer un cinquième mandat.
Edulcorants : les substituts du sucre sont-ils cancérigènes ?